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Évolution du poids des maladies dermatologiques : un bilan mondial en demi-teinte

En été 2016 paraissait dans le Journal of the American Academy of Dermatology (JAAD) une analyse mondiale de l’évolution du poids des maladies dermatologiques dans 187 pays différents. Retour sur les faits marquants relevés par l’étude.

Menée par des dermatologues des universités du Colorado et du Dakota du nord, l’étude intitulée "Minimal improvements in the global burden of skin disease" traite de l’évolution du poids des maladies dermatologiques de 1990 à 2013 à travers 187 pays. Cette évaluation est d’autant plus importante que les maladies dermatologiques représentent la quatrième cause de maladie non-fatale subie à long terme.

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Méthodologie : une approche centrée sur le nombre d’année à supporter la maladie

Afin d’évaluer concrètement la notion de "poids", les chercheurs se sont notamment appuyés sur l’indicateur YLD ("years lived with disability") permettant d’estimer le nombre moyen d’année vécues avec une maladie dermatologique non-mortelle pour chaque pays. Ces données ont pu être collectées grâce aux rapports élaborés par l’Institut d’Evaluation et de Métrique pour la Santé (Institute for Health Metrics and Evaluation). Les résultats obtenus ont ensuite été divisées en deux catégories : pays développés et des pays en voie de développement selon les critères d’indice de développement humain (IDH).

Pays développés : une évolution en majorité légèrement positive

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Le graphique ci-dessus représente l’évolution des différents pays avec l’indicateur DALY (Disability-Adjusted Life Year), directement lié au YLD, qui est calculé en estimant les années de "bonne santé" perdues en raison d’une maladie mortelle ou simplement handicapante. Sur les 47 pays catégorisés comme "développés", il a été mesuré que 30 d’entre eux présentent une diminution de leur DALY sur le plan dermatologique, les meilleurs "élèves" étant le Portugal (9%), Israël (8%), l’Espagne (8%), la République Tchèque (7%) et la Hongrie (7%). En revanche, la situation stagne pour 6 pays dont font partie le Japon et l’Australie. Enfin, 11 pays sont ainsi concernés par une hausse du fardeau des pathologies dermatologiques, aux premiers rangs desquels se trouvent des états du Moyen-Orient comme le Qatar (8%), Bahrein (6%) et les Émirats arabes unis (5%). Viennent ensuite, entre autres, le Chili (4%), l’Argentine (3%), l’Arabie Saoudite (3%), la Belgique (2%) ou encore la Norvège (2%).

Pays en voie de développement : des améliorations encore faibles et minoritaires

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On peut dénombrer dans cette catégorie, qui compte 140 pays, seulement 26 exemples d’évolution favorable. La Serbie, la Gambie et le Kenya se situent dans les améliorations les plus notables avec une diminution du DALY de près de 5 %. Une fois mis à part 10 pays où aucune évolution n’a été notée, il demeure 104 pays en voie de développement concernés par des augmentations substantielles de leur DALY. Parmi ces derniers, on retrouve notamment, dans l’ordre du plus au moins marqué par cette évolution, la Palestine (15%), le Nicaragua (11%), Oman (11%), Cap-Vert (10%), le Bangladesh (10%), le Nepal (10%) et le Yemen (10%).

Interprétations

Ces résultats ont permis aux chercheurs de tirer deux conclusions majeures. Premièrement, la majorité des pays du monde, qu’ils soient développés ou en voie de développement, a connu une amélioration légère ou nulle de sa situation. Ensuite, l’hypothèse de l’augmentation de l’espérance de vie, souvent avancée comme explication possible aux faibles améliorations dans les pays développés, ne se vérifie pas ou peu puisque les pays en voie de développement, qui présentent des résultats similaires dans cette étude globale, connaissent en moyenne un progrès bien plus faible dans ce domaine.

Il convient enfin de préciser que l’étude présente une faiblesse sur le plan de la mesure individuelle du "poids" des maladies, qui peut varier fortement selon les contextes économiques et culturels. Par exemple, il est possible que les attentes des patients des pays développés vis-à-vis de leur traitement soient bien plus élevées que celles de leurs homologues des pays en voie de développement (notamment en raison du marketing pharmaceutique), ce que ne prennent pas en compte les rapports de l’Institut d’Evaluation et de Métrique pour la Santé.

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Fondation René Touraine